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Les descentes d'eau pluviale : le détail qui décide de la façade

Un tuyau vertical, deux colliers et un rejet au sol. C'est peu de chose, et c'est la première cause de reprise prématurée d'un enduit neuf.

8 min de lecture

Descente d'eau pluviale le long de deux maisons mitoyennes à l'enduit dégradé
Le long d'une descente, l'enduit est presque toujours le premier à céder.

Sur une façade, il y a des sujets nobles — le choix de l'enduit, la teinte, la finition — et des sujets qu'on expédie. La descente d'eau pluviale appartient à la seconde catégorie, et c'est pourtant elle qui explique une bonne part des ravalements refaits trop tôt.

Le raisonnement est simple. Une toiture concentre l'eau de plusieurs dizaines de mètres carrés vers quelques tuyaux. Si l'un d'eux fuit, déborde ou rejette mal, ce n'est pas un peu d'eau qui touche le mur : c'est la pluie d'un versant entier, au même endroit, à chaque averse.

Ce que fait réellement une descente

Sa fonction n'est pas d'évacuer l'eau. Sa fonction est de l'éloigner du mur et du pied du bâtiment.

Ces deux formulations n'ont pas le même sens. Un tuyau qui conduit l'eau du toit jusqu'au sol, puis la déverse au pied de la façade, a évacué l'eau sans l'éloigner. Il a même aggravé la situation, en concentrant en un point ce qui se répartissait auparavant sur toute la longueur du bâtiment.

C'est pourquoi l'examen d'une descente commence toujours par le bas, et non par le haut.

L'anatomie du réseau, en cinq pièces

  • La gouttière ou le chéneau récupère l'eau en bas de pente. Elle doit avoir une pente régulière vers la naissance, sans contre-pente ni point bas intermédiaire.
  • La naissance est le point de raccordement entre la gouttière et la descente. C'est un point de fuite classique.
  • La descente proprement dite : le tuyau vertical, tenu au mur par des colliers.
  • Le dauphin, en pied, est l'élément rigide qui reçoit les chocs et raccorde la descente au réseau enterré.
  • Le rejet : regard, caniveau, puisard, ou simple épandage sur le terrain.

Chacune de ces cinq pièces peut être en cause dans une trace d'humidité, et il est vain de refaire une façade sans avoir déterminé laquelle.

Pourquoi c'est un sujet de ravalement

Trois raisons rendent le sujet indissociable du chantier de façade.

La première est matérielle : on ne peut pas enduire correctement derrière un tuyau posé à quelques centimètres du mur. La zone reste inaccessible à la taloche, et l'enduit y est plus mince, mal serré, mal fini.

La deuxième est chronologique : l'échafaudage est monté, l'accès est là. Reprendre une descente à ce moment coûte peu ; la reprendre deux ans plus tard suppose de remonter un moyen d'accès pour un travail d'une demi-journée.

La troisième est technique : la dépose révèle ce qui se passe derrière, et c'est généralement là que se trouve la vraie information.

Déposer ou enduire autour : la question qui tranche

C'est la ligne du devis qui sépare un ravalement d'un rafraîchissement.

Enduire autour d'une descente en place laisse une bande non traitée, un raccord grossier autour des colliers, et l'assurance que la zone la plus sollicitée de la façade est aussi la moins bien exécutée. À la dépose de l'échafaudage, le défaut est invisible : il se révèle au premier hiver.

Déposer les descentes, traiter le mur derrière, puis les reposer sur des fixations neuves demande une demi-journée par façade et coûte quelques lignes de devis. C'est la seule manière d'obtenir un enduit continu.

La question à poser est donc littérale : « les descentes sont-elles déposées et reposées, ou enduisez-vous autour ? » La réponse renseigne sur bien davantage que les descentes.

Ce qu'on découvre derrière une descente déposée

Presque toujours quelque chose. C'est l'endroit du mur qui n'a pas séché depuis des années.

On y trouve fréquemment un enduit décollé sur une bande verticale, une maçonnerie humide, des joints lessivés, des mousses ou des algues, des colliers rouillés dont les scellements ont éclaté, parfois une fissure masquée que personne n'avait vue.

C'est également le moment où l'on comprend l'origine d'une trace d'humidité intérieure constatée dans une pièce. Une fuite discrète à une naissance ou à un raccord peut alimenter un mur pendant des années sans jamais se manifester à l'extérieur autrement que par une bande légèrement plus sombre.

Les colliers et l'écart au mur

Une descente ne doit pas toucher le mur. Elle doit en être écartée de quelques centimètres, pour trois raisons : l'enduit doit pouvoir être exécuté et rénové derrière, l'air doit circuler pour que le mur sèche, et le tuyau ne doit pas transmettre au mur l'humidité qu'il condense.

Les colliers assurent cet écart. Ils doivent être en nombre suffisant, scellés dans un support sain, et compatibles avec le matériau du tuyau : un collier d'un métal et un tuyau d'un autre métal produisent, en présence d'eau, une corrosion accélérée à leur point de contact.

Après un ravalement, les colliers se reposent systématiquement neufs. Les remettre dans les anciens trous, dans un enduit frais, revient à programmer leur descellement.

Le pied de descente : le point le plus négligé

C'est ici que se joue l'essentiel, et c'est ici qu'on regarde le moins.

Trois configurations se rencontrent. La meilleure est le raccordement à un réseau enterré par un dauphin rigide et un regard visitable : l'eau part sans jamais toucher le sol au pied du mur. La deuxième est le rejet dans un caniveau ou sur une surface en pente éloignant l'eau : acceptable, à condition que la pente existe réellement. La troisième est le simple déversement au pied du mur, sur la terre ou sur un gravier : c'est la configuration qui détruit les soubassements.

Un indice se lit depuis le jardin : si le sol est creusé, décoloré ou boueux au pied d'une descente, l'eau est en train de saturer le pied de mur à chaque pluie.

Le rejet au sol, selon le terrain

La bonne solution dépend du terrain, et les situations locales diffèrent nettement.

Sur les plateaux limoneux du Neubourg ou de Normanville, l'eau s'infiltre lentement et un simple épandage au pied du mur sature rapidement le sol. Un éloignement franc, par caniveau ou par tuyau enterré, s'impose.

Dans les fonds de vallée — vallée de l'Eure vers Acquigny, vallée de l'Iton —, la nappe est proche et le sol reste humide une bonne partie de l'année : rejeter l'eau du toit à proximité du bâtiment revient à entretenir en permanence l'humidité du pied de mur.

Sur les coteaux de craie, à Gaillon ou aux Andelys, c'est le ruissellement de surface qui domine : la question n'est pas seulement d'évacuer l'eau du toit, mais aussi d'empêcher l'eau du terrain de venir buter contre la maison.

Dans tous les cas, la règle est la même : éloigner, ne pas concentrer, et rendre le dispositif visitable.

Les matériaux, sans marque ni prix

Trois familles se rencontrent couramment.

Le zinc, très répandu, se travaille bien, dure longtemps et supporte mal le contact avec certains autres métaux et avec des mortiers frais très alcalins. Le PVC, moins coûteux et facile à poser, se dilate davantage et se fragilise avec le temps sous l'effet du soleil. Le cuivre, durable et esthétique, impose des accessoires du même métal et se retrouve surtout sur le bâti ancien ou en secteur protégé.

Deux principes valent quel que soit le choix : ne pas mélanger les métaux sur un même circuit, et conserver la cohérence avec le reste du bâtiment. En périmètre protégé, le matériau et la teinte des descentes peuvent d'ailleurs faire l'objet de prescriptions.

Le diagnostic depuis le sol

Vous pouvez faire l'essentiel du contrôle vous-même, sans monter.

  • Un jour de pluie, sortez et regardez. C'est le seul examen qui ne trompe pas : où l'eau déborde-t-elle, où éclabousse-t-elle, où s'accumule-t-elle au sol ?
  • Par temps sec, cherchez les traces : une bande verticale plus sombre le long d'une descente, une auréole autour d'un collier, une mousse concentrée sur une seule bande de mur.
  • Regardez le sol au pied de chaque descente : cuvette, décoloration, gravier déplacé, dalle disjointe.
  • Écoutez : un écoulement audible dans un tuyau longtemps après la fin de la pluie signale une rétention quelque part.
  • Vérifiez les regards : un regard bouché fait remonter l'eau et la fait ressortir au pied du mur.

Les signes d'un réseau défaillant

Une gouttière qui déborde en cascade à chaque orage a une pente inversée, un point bas ou un engorgement. Une traînée verticale continue sur toute la hauteur du mur signale une fuite haute, généralement à la naissance. Une salissure limitée au bas de la façade indique un rejet au sol qui éclabousse. Une trace intérieure au droit d'une descente signale une fuite ancienne dans le tuyau lui-même ou à un raccord.

Aucun de ces désordres ne se règle par l'enduit. Tous se règlent avant lui.

Le gel, les feuilles et les nids

Trois causes d'engorgement reviennent chaque année.

Les feuilles, d'abord, en particulier lorsque des arbres surplombent la toiture : une crapaudine — la petite grille placée à la naissance — évite l'essentiel des bouchons, à condition d'être nettoyée.

Le gel, ensuite : une descente pleine d'eau stagnante en raison d'un engorgement en pied peut se fissurer en hiver. La fuite qui en résulte n'apparaît qu'au dégel suivant.

Les nids et les insectes, enfin, qui obstruent naissances et crapaudines au printemps.

Ce que le devis doit prévoir

  • La dépose des descentes, avec leur nombre.
  • Le traitement du mur derrière, y compris les réparations éventuelles découvertes à la dépose.
  • La fourniture de fixations neuves, et leur nombre.
  • La repose, avec l'écart au mur maintenu.
  • Le remplacement éventuel d'éléments dégradés, et lesquels.
  • Le traitement du pied : dauphin, raccordement, regard.
  • Ce qui n'est pas compris : reprise de gouttière, intervention en toiture, terrassement pour un réseau enterré.

Cette dernière ligne est importante. La reprise d'une gouttière relève souvent du couvreur, et le terrassement d'un autre corps de métier. Un devis honnête le dit et n'englobe pas ce qu'il ne fera pas.

Le bon moment dans le chantier

La dépose intervient au tout début, avec la préparation, avant le nettoyage. Le mur libéré est ensuite traité comme le reste de la façade — dégarni si nécessaire, réparé, enduit — et la repose n'a lieu qu'après durcissement suffisant de l'enduit.

Faire l'inverse, c'est-à-dire reposer les descentes rapidement pour libérer l'échafaudage, produit des scellements dans un enduit qui n'a pas fait sa prise. Ils tiennent quelques mois.

Combien de descentes faut-il, et où

La question se pose surtout lorsqu'une extension a été ajoutée, lorsqu'une toiture a été modifiée, ou lorsqu'une seule descente dessert une longueur de gouttière manifestement excessive.

Le principe est intuitif : plus la surface de toiture drainée par un seul tuyau est grande, plus le débit à évacuer est important, et plus la gouttière risque de déborder lors des averses intenses. Le dimensionnement relève de règles professionnelles, qui tiennent compte de la surface de couverture, de la pente et de l'intensité des pluies locales. Ce n'est pas au propriétaire de le calculer, mais c'est à lui de poser la question quand une gouttière déborde systématiquement.

L'emplacement compte autant que le nombre. Une descente placée dans un angle rentrant est protégée et discrète ; une descente au milieu d'un panneau de façade coupe visuellement l'enduit et complique toutes les reprises futures. Lorsqu'une modification est possible, le moment de la décider est celui du ravalement, pas après.

Ce que dit une trace, selon sa forme

Les traces laissées par un réseau défaillant ont une grammaire, et elle s'apprend en cinq minutes.

Une bande verticale étroite et régulière, sur toute la hauteur, longe le tuyau : la fuite est haute, souvent à la naissance ou au premier raccord. Une tache en éventail partant d'un point unique, à mi-hauteur, désigne un raccord ou un percement. Un noircissement diffus sur toute la largeur du haut de mur évoque une gouttière qui déborde plutôt qu'une descente qui fuit. Une frange sombre au bas du mur, régulière et haute de quelques dizaines de centimètres, correspond aux rejaillissements du rejet au sol. Une auréole circulaire autour d'un collier indique un scellement ouvert où l'eau s'infiltre.

Savoir lire ces formes vous permet d'arriver à la visite technique avec une hypothèse, et de vérifier ensuite si l'entreprise arrive à la même.

Récupérer l'eau de pluie, sans se tromper

Beaucoup de propriétaires profitent du ravalement pour installer un récupérateur. C'est une bonne idée, à deux conditions.

La première est le trop-plein : une cuve pleine doit pouvoir déborder ailleurs qu'au pied du mur, faute de quoi on a créé exactement le désordre que l'on cherche à éviter, mais seulement les jours de forte pluie — c'est-à-dire au pire moment.

La seconde est l'accessibilité : une cuve placée contre la façade empêche l'entretien du mur et cache la zone la plus sensible du pied de descente. Prévoyez un écart suffisant pour passer la main et le regard.

Le cas des façades sur rue et des mitoyens

En centre-bourg, une descente donne souvent directement sur le trottoir, et son pied doit alors être protégé des chocs par un dauphin rigide. Le rejet en caniveau ou en réseau public obéit à des règles communales : la mairie est le bon interlocuteur avant toute modification.

Sur une maison mitoyenne, il arrive qu'une descente soit commune ou qu'elle traverse la propriété voisine. Le sujet se traite en amont, par un échange écrit, et non le jour où l'échafaudage est monté.

En copropriété

Les descentes d'eaux pluviales sont des parties communes. Leur reprise fait donc partie du programme voté, et il est fréquent qu'elle disparaisse des devis lorsque le budget serre.

C'est une économie coûteuse : refaire les façades d'un immeuble sans reprendre les descentes revient à laisser en place le principal facteur de dégradation, sur un ouvrage dont le prochain ravalement est prévu à un horizon de dix à quinze ans.

L'entretien après le chantier

Une fois la façade neuve, le réseau demande peu, mais régulièrement.

Un nettoyage des gouttières et des crapaudines deux fois par an, à l'automne après la chute des feuilles et au printemps, suffit dans la plupart des cas. Un contrôle visuel du pied de chaque descente après un gros orage prend cinq minutes. Et une vérification des regards une fois par an évite les engorgements qui remontent.

Une façade coûte cher, un nettoyage de gouttière ne coûte rien. C'est pourtant le second qui détermine la durée de vie du premier.

Les questions à poser à l'entreprise

  • Combien de descentes avez-vous comptées, et sont-elles toutes déposées ?
  • Que faites-vous si le mur derrière se révèle dégradé sur une bande verticale ?
  • Les fixations sont-elles neuves, et quel écart au mur maintenez-vous ?
  • Que devient le pied de chaque descente ?
  • Reprenez-vous les gouttières, ou est-ce hors de votre lot ?
  • À quel moment du chantier les descentes sont-elles reposées ?

Le seul point sur lequel il ne faut rien lâcher est le premier. Une entreprise qui prévoit d'enduire autour des descentes vous annonce, sans le dire, que la façade sera traitée partout sauf là où l'eau arrive.

Le jour de la réception

Trois vérifications suffisent, et elles se font en cinq minutes depuis le sol.

Passez la main derrière chaque descente accessible : vous devez sentir un enduit continu et fini, pas un vide rugueux ni une zone laissée brute. Regardez les colliers : ils doivent être neufs, alignés, et leur scellement propre, sans éclat autour. Suivez enfin le pied de chaque descente jusqu'à son rejet, et demandez où l'eau va exactement.

Tout point douteux se consigne en réserve avec sa localisation et une photographie. C'est le genre de détail qui se reprend en une heure tant que l'entreprise est encore là, et qui devient une affaire lorsque l'échafaudage est parti depuis six mois.

Ce qu'il faut retenir

Les descentes d'eau pluviale ne sont pas un accessoire du ravalement : elles en sont une condition. Elles se déposent, le mur derrière se traite comme le reste, elles se reposent sur des fixations neuves, et leur pied doit éloigner l'eau au lieu de la déverser contre la maison.

Sur un devis, cela représente quelques lignes. Sur la durée de vie de votre façade, cela représente plusieurs années.